Puissance chinoise et robotique, l’ogre se construit ?

Ah la Chine. J’écoutais hier matin une émission de France Inter dans laquelle Jean-Pierre Raffarin s’exprimait sur nos rapports avec la Chine. La question, abordée dans son dernier livre « Chine, le grand paradoxe » aux éditions Michel Lafon, concerne l’hégémonie d’un pays à la puissance commerciale et financière redoutable. Si les Etats-Unis font une politique internationale d’ingérence et de violence, la Chine sent la faiblesse de l’Europe et mène une guerre financière et commerciale « douce » mais redoutable avec le risque d’imposer ses propres règles dans ce jeu. Des règles qui pourraient être « unilatérales » si l’on y prend garde et si l’on n’y oppose pas une vraie résistance, notamment par l’alliance franco-allemande. Ce n’est pas une vision angélique mais Jean-Pierre Raffarin espère aussi que nous puissions mieux comprendre le fonctionnement de ce pays pour « composer avec ».

La Chine a effectivement une culture de l’unité et réprime sévèrement tout individualisme ou toute forme constituée de différence comme elle le fait, par exemple, avec le peuple OuÏgour considéré comme « terroriste » et « rééduqué » pour cette raison. Mais nous sommes aussi coupables que victimes. La Chine tient sa puissance d’une économie de production de masse à bas prix. Ceci avec une main d’œuvre bien trop servile et bon marché mais aussi avec une robotisation galopante. Un tiers des robots industriels dans le monde est en Chine et le développement est exponentiel. En 2020, 950 000 des 3 millions de robots industriels installés dans le monde le seront en Chine. Et si le taux de robotisation est encore assez faible au regard des emplois de l’industrie et de la manufacture, il progresse aussi très vite et avec de plus en plus de robots fabriqués eux-mêmes en Chine.

L’autre point est aussi une maîtrise du peuple dans laquelle la Robolution a une place de choix. Caméras de surveillance et reconnaissance faciale, traitement et analyse des données personnelles par Intelligence Artificielle, faire la liste des systèmes prendrait des pages entières. Un contrôle globalement accepté par la population pas nécessairement dans la contrainte, l’unité étant la base du vivre ensemble chinois. Il n’y fait toutefois pas bon se rebeller et ceux qui s’y essaient finissent mal en général. Un système bien huilé qui ne supporte pas un grain de sable…Demandez à Honk-Kong !

Alors cette Chine forte commercialement, ultra robotisée, voit l’Europe et l’Afrique comme des maillons faibles. Pas de guerre, pas de colonisation, non juste du commerce mais qui impose sa loi et ses règles. L’empire du milieu rachète des usines, des ports, des aéroports, des surfaces agricoles…en douceur. Mais en achetant en masse des produits à bas prix fabriqués en Chine, nous avons-nous même construit cette situation qui nous menace aujourd’hui. Victimes et coupables à la fois. Le pays le plus robotisé au monde reste…la Corée du Sud (631 robots pour 10 000 salariés contre 68 en Chine), mais ce ratio devrait passer à 150 en 2020 en Chine et si l’on compare la masse de salariés… Pour contrer ce raz de marée attendu, Jean-Pierre Raffarin compte aussi sur l’Europe, bien affaiblie, et sur le duo franco-allemand, bien fragilisé à l’heure actuelle avec une Angela Merkel en difficulté politiquement et un Emmanuel Macron bien contesté.

Sylvain DEVAUX

Rédacteur en chef

«L’homme a la possibilité non seulement de penser, mais encore de savoir qu’il pense ! C’est ce qui le distinguera toujours du robot le plus perfectionné». Jean Delumeau

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Larobolution.com est le site sur lequel Sylvain Devaux s’exprime quotidiennement et livre une vraie analyse du monde de la robotique à même de vous permettre d’en profiter. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.larobolution.com»

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