Les déserts médicaux livrés aux robots ?

Je ne sais pas pour vous mais dans ma petite commune de l’ouest de la France (4500 habitants), il y avait 11 médecins il y 4 ans. Il en reste aujourd’hui 7 dont 3 sont très proches de l’âge de la retraite. Et…personne en vue pour les remplacer. Inutile de vous parler des spécialistes, en particulier en ophtalmologie où les délais frisent la correctionnelle. Alors deux choses…d’abord il y a les calculs de l’Insee. L’organisme considère comme désert médical un territoire où les résidents : 1- Consultent un médecin généraliste moins de 2,5 fois par an, 2- Ont plus de 30 minutes de trajet (en voiture) pour se rendre aux urgences, 3 – Ont plus de 10 minutes de trajet (en voiture) pour accéder à une pharmacie. Si 1 seul de ces 3 critères n’est pas respecté, on ne parle plus alors de désert médical mais de territoire présentant des fragilités concernant l’accès à un certain type de soin. Mais c’est totalement réducteur ! Le nombre de médecins est une difficulté quant on sait en outre que 4 médecins sur 10 ont plus de 60 ans. Leur répartition est aussi problématique puisque la liberté d’installation ne permet pas de corréler les besoins aux ouvertures de cabinets. Et les délais de rendez-vous ne cessent de s’allonger dans les communes rurales.

Deuxième chose, l’Intelligence Artificielle serait à même de palier à ces difficultés…les consultations en ligne ou par un algorithme seraient même la panacée pour résoudre ces difficultés. La médecine tourne déjà à plusieurs vitesses, mais là…Donc en ville ou sur la côte vous avez un médecin en chair et en os, dans les campagnes…des ordinateurs. Quant on pense que nombre de secteurs dans la campagne sont encore en « zones blanches » de non réception d’internet… Les performances de ces algorithmes sot bien réelles, mais tout dépend de la consultation. Inquiets, certains médecins se demandent si ce progrès en est réellement un. Dans un rapport daté de janvier 2018, l’Ordre des médecins s’interrogeait sur ces questions mais aussi et surtout sur les implications sociales qui découlent de ces technologies.

Dans ce rapport, il est indiqué qu’il est « impératif que les progrès attendus des technologies d’intelligence économiques artificielle, Big Data et robotique profitent à tous et n’accentuent pas des fractures sociales ou socio-culturelles. Notre société, par son organisation démocratique et républicaine, doit particulièrement veiller à ce que les progrès qui pourraient être issus de ces technologies, dans le dépistage, la connaissance fine des maladies et des risques de leur survenue, n’altèrent pas notre modèle solidaire de protection sociale, mais contribuent à réduire les inégalités et les risques d’exclusion ». C’est déjà un état de fait et il semble que cela ne va pas franchement s’arranger !

Sylvain DEVAUX

Rédacteur en chef

«L’homme a la possibilité non seulement de penser, mais encore de savoir qu’il pense ! C’est ce qui le distinguera toujours du robot le plus perfectionné». Jean Delumeau

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Larobolution.com est le site sur lequel Sylvain Devaux s’exprime quotidiennement et livre une vraie analyse du monde de la robotique à même de vous permettre d’en profiter. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.larobolution.com»

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