La honte d’Amazon ! Je n’ai jamais proposé d’investir dans Amazon et il y a d’abord deux raisons à cela, très pragmatiques. Pas d’affolement, je reviens de suite sur l’éthique… La première raison c’est qu’il fallait le faire il y a vingt ans et pas de doute, vous auriez aujourd’hui gagné beaucoup d’argent. La seconde, c’est que la position ultra dominante et la non imposition de l’entreprise en font plus qu’une cible, une véritable symbole. Reste à savoir si Amazon tombera, quand, et surtout, qui le fera. Alors revenons un peu sur la partie éthique qui pose tous les paradoxes de la Robolution. Le système est assez génial et son fondateur, Jeff Bezos, ne peut que s’en féliciter. Il a créé le plus grand magasin du monde en faisant la nique à tous les commerçants, grands et petits. Certains ne s’en sont jamais remis et c’est un premier volet social qui ne peut que confirmer la destruction d’emploi effective de la Robolution. Combien d’emplois, difficile à dire, mais chacun peut le constater dans sa ville et son village…

Alors, bien entendu, Amazon en a créé, des emplois…mais à quel prix ! Si le bouillonnant Jeff lance à tout va que les employés sont très bien payés chez lui pour des postes peu qualifiés, il occulte tout le reste, et quel reste. Il y a toute la partie juridique pour laquelle je n’ai pas compétence mais il semble acquis que les conventions collectives sont le cadet des soucis d’Amazon qui s’assoie dessus sans vergogne. Mais tout cela va plus loin. L’utilisation massive de robots et d’algorithmes révèle tout autre chose. Les employés humains se trouvent alors contraints de suivre le rythme des robots, la cadence est infernale, toujours plus élevée. Il est évoqué une durée de deux ans de travail avant épuisement total et…renvoi. Second point, les algorithmes détectent la productivité des employés. Lorsqu’elle n’est pas atteinte, l’avertissement est automatisé et couvert par un avocat de l’entreprise. Et si cela ne suffit pas, même chose pour le licenciement. Cette course à la productivité pousse certains employés à ne plus même faire de « pause pipi » de peut de voir leur rentabilité baisser. Et bien sûr, lorsque la rentabilité voulue est atteinte par un nombre significatif d’employés, elle augmente d’un cran…

Ces épouvantables conditions de travail (d’exploitation ?) nous ramènent dans un autre âge. Mais ce sont bien les progrès de la robotique et de l’IA qui permettent ce genre de dérives effroyables. Alors hier à Berlin, les syndicats de tous les pays concernés (et ils sont nombreux les entrepôts d’Amazon) ont manifesté pour dénoncer ces conditions que l’on pouvait croire révolues. Pour l’instant, Jeff a bien d’autres chats à fouetter et en particulier gérer son divorce…Bref, les limites de la Robolution sont claires et il va bien falloir que quelqu’un se colle à freiner ce modèle de développement ultra pervers et destructeur…mais qui ? Les Etats ? Peu ont envie d’être les premiers à ouvrir le feu. L’Europe ? Encore faudrait-il que les membres soient d’accord. Mais que ce soit pour abus de position dominante ou pour non paiement d’impôts, il est très probable qu’Amazon soit rattrapé un jour, reste à savoir quand…je parie toutefois que cela se rapproche à grands pas !

Sylvain DEVAUX

Rédacteur en chef

« L’homme a la possibilité non seulement de penser, mais encore de savoir qu’il pense ! C’est ce qui le distinguera toujours du robot le plus perfectionné ». Jean Delumeau

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Larobolution.com est le site sur lequel Sylvain Devaux s’exprime quotidiennement et livre une vraie analyse du monde de la robotique à même de vous permettre d’en profiter. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.larobolution.com»

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